Chinoises

Autrice : Xinran Chinoises_poche
Titre original : The good women of China
Traductrice : Marie-Odile Probst
Genre : témoignage
Éditeur : Editions Philippe Picquier
Année de première parution : 2002
Nombre de pages : 352

Ce qu’en dit l’éditeur :

Un dicton chinois prétend que « dans chaque famille il y a un livre qu’il ne vaut mieux pas lire à voix haute ».

De 1989 à 1997, Xinran a présenté chaque nuit à la radio chinoise une émission où elle invitait les femmes à parler d’elles-mêmes. Elle a rencontré des centaines d’entre elles. Avec compassion, elle les a écoutées se raconter. Elles disent leurs souffrances incroyables : mariages forcés, viols, familles décimées, pauvreté ou folie… Mais elles disent aussi comment, en dépit des épreuves, en dépit du chaos politique, elles chérissent et nourrissent ce qui leur reste.

Mon avis :

Ce livre est dur. Violent. Poignant. Marquant. Il faut savoir dans quoi on s’embarque. Comme le précise le résumé, il sera question de viols et de nombreuses autres formes de violences envers des femmes (et des enfants). A ne pas lire si vous n’avez déjà pas le moral, et à faire suivre d’une lecture plus légère.

« A Colline Hurlante, « utiliser » est le mot qu’emploient les hommes qui veulent coucher avec une femme. »

Comment dire « j’ai bien aimé ce livre » quand on sait qu’il traite non seulement des pires violences mais qu’en plus ce sont des témoignages, des histoires vraies donc ? Je suis contente de l’avoir lu parce qu’il m’a appris des choses sur la société chinoise du XXe siècle. Mais j’ai été secouée par ces témoignages. Tous sont durs, et le premier chapitre donne bien le ton du livre que l’on a entre les mains.

J’ai trouvé intéressant que le livre ait été écrit non par un journaliste ou écrivain qui a décidé de partager des histoires, mais par une femme qui a pendant huit ans partagé d’innombrables témoignages de femmes au sein d’une émission radio qu’elle a su imposer. Elle a libéré la parole d’innombrables femmes aux histoires toutes plus difficiles les unes que les autres. Ce livre en rapporte quinze parmi des milliers. Et elle a risqué sa vie pour le publier.

Certaines des femmes en question ont réussi à survivre à leurs sévices, d’autres ont sombré dans la folie ou n’ont pas pu continuer à affronter ce monde. Les premières se sont battues pour leurs enfants, pour d’autres enfants, avec un courage inouï. Je les admire et je suis tellement triste pour ce qu’elles ont eu à vivre.

« Mon mari dit que je suis comme un tissu gris délavé, pas assez bon pour y tailler un pantalon, servir de couvre-lit ou même de torchon. Je suis tout juste bonne à essuyer la boue des pieds. Pour lui, ma seule utilité c’est d’être la preuve vivante de son « caractère généreux, intègre et consciencieux » afin q’il puisse s’élever encore plus dans la hiérarchie de l’administration.
Ce sont ses mots à lui, Xinran – il les a dits en ma présence. »

Ce livre fait réfléchir à l’éducation et au conditionnement sociétal. C’est parce que des petites filles ont été élevées en tant qu’inférieures qu’elles se sont montrées dociles et ont tu leurs souffrances. C’est parce qu’on n’a pas appris aux hommes à considérer les femmes comme leurs égales qu’ils ont reproduit des schémas malsains. C’est, à certains moments, tout un pays qui a donné le mauvais exemple, et il est extrêmement difficile de corriger ce conditionnement patriarcal. C’est parfois l’école qui a été le lieu de discriminations et de destructions psychologiques incroyables.

« Ils me considéraient moi aussi comme un objet de mépris. C’est de leur père qu’ils ont appris comment traiter les gens et en obtenir ce qu’on veut ; ils ont adopté son comportement comme un moyen de réaliser leurs ambitions. J’ai essayé de leur enseigner à être bons, en me servant de mes idées et de mon expérience, avec l’espoir que l’amour et les soins maternels les changeraient. Mais ils jugeaient de la valeur d’une personne selon son statut social, et la réussite de leur père leur prouvait que c’était lui le modèle à imiter. Si mon propre mari ne me considérait pas comme digne de respect et d’amour, quelle chance avais-je avec mes enfants ? Ils croyaient que je n’étais bonne à rien. »

Ce livre parle de femmes chinoises ayant vécu pour la plupart dans la seconde moitié du XXe siècle. Des femmes pour certaines encore jeunes, et qui côtoient encore de nombreuses générations élevées selon des principes extrêmement violents et destructeurs. Ce qu’elles ont vécu n’appartient pas qu’au passé, c’est encore le quotidien de nombreuses petites filles et femmes en Chine. Mais pas seulement en Chine. Ce n’est pas un scoop, les mariages forcés, les conjoints tyranniques, les abus psychologiques et physiques existent encore partout dans le monde. Le combat féministe est loin d’être devenu superflu. Alors il faut continuer d’éduquer garçons et filles au respect.

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3 réflexions sur “Chinoises

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