The surface breaks

Autrice : Louise O’Neill

61PPtnL7tcL
Cette couverture… est encore plus belle en vrai !

Titre en français : non traduit
Genres : Fantasy ; réécriture de conte
Éditeur : Scholastic
Année de première parution : 2018
Nombre de pages : 309

Ce qu’en dit l’éditeur : 

Think you know the story of The Little Mermaid? Think again… 
This is a book with the darkest of undercurrents, full of rage and rallying cries: storytelling at its most spellbinding.
Deep beneath the sea, off the cold Irish coast, Gaia is a young mermaid who dreams of freedom from her controlling father. On her first swim to the surface, she is drawn towards a human boy. She longs to join his carefree world, but how much will she have to sacrifice? What will it take for the little mermaid to find her voice?
Hans Christian Andersen’s original fairy tale is reimagined through a searing feminist lens, with the stunning, scalpel-sharp writing and world building that has won Louise her legions of devoted fans.
Contains adult themes.

Mon avis (qui contient des spoilers) :

Louise O’Neill est une jeune autrice connue pour ses écrits féministes, comme Asking for it ou Only ever yours, que j’ai également très envie de lire. Elle nous propose ici une réécriture de la petite sirène sous un angle féministe.

Intéressons-nous d’abord aux personnages. Comme dans le conte d’origine, la petite sirène (ici appelée Gaïa/Muirgen) a quatorze ans au début du récit. Elle a terriblement hâte d’atteindre l’âge où elle sera autorisée à remonter à la surface de l’océan pour pouvoir observer le monde des hommes. Elle va tomber amoureuse du prince sans le connaître, juste après l’avoir observé quelques heures. C’est donc un amour superficiel et naïf, pour lequel elle va faire les plus gros sacrifices. Si elle se montre parfois exaspérante, il faut se rappeler qu’elle est très jeune et tenir compte du fait qu’elle a été conditionnée par une éducation qui vise à rendre les jeunes femmes dociles et superficielles et surtout pas cultivées ou curieuses. Dans son monde, on répète constamment aux jeunes filles de se taire, de ne pas (se) poser de questions et de d’entretenir leur beauté, puisque c’est le seul intérêt des femmes dans le royaume sous la mer.
– Ses cinq sœurs ont des personnalités variées mais elles sont toutes soumises à leur père et n’osent pas exprimer leur avis. Elles sont mises en compétition pour les hommes (enfin les hommes-sirènes, pas les humains !) ou pour leur image, ce qui les pousse parfois à des échanges amers.
– Le roi des mers, père de Gaïa/Muirgen, est un homme tyrannique et terriblement misogyne. Il ne supporte pas que ses filles le contredisent et il les estime comme les autres femmes, à la mesure de leur beauté. Chaque année, lors d’un événement public, il les fait aligner devant lui et les classe par ordre de beauté, de manière franchement humiliante. A la page 30, il dit « If Muirgen were not my daughter, perhaps i would have chosen her for myself ». (en gros : Si Muirgen n’avait pas été ma fille, je l’aurais peut-être prise pour épouse). Je ne sais pas si Louise O’Neill a fait volontairement référence à une phrase similaire prononcée par Trump, mais ça montre le genre du personnage.
– Continuons dans la misogynie avec Zane. En tant que valeureux guerrier, il a l’honneur de pouvoir choisir parmi les filles du roi celle qu’il voudra épouser. Il pourrait être le père voire le grand-père de Gaïa, mais c’est sur elle qu’il jette son dévolu, car elle est la plus belle et qu’en tant que fille du roi, elle peut être la clé de la couronne des mers une fois le souverain écarté. Quand la petite sirène lui dit qu’il devrait être fidèle à sa promesse d’épouser l’une de ses grandes sœurs qui, elle, l’aime, il lui répond : « You are just girls. Your looks are the only thing that distinguishes you from one another, and I want the best. » p.81 (Vous n’êtes que des filles. Votre apparence est la seule chose qui vous distingue l’une de l’autre, et je veux la plus belle). Pour bien montrer sa domination, il n’hésitera pas à violenter la petite sirène et à lui donner un aperçu de ce qu’elle devra subir lorsqu’il l’aura épousée.
– Le prince, Oliver, est présenté comme un garçon gâté, qui ne veut pas entendre parler de responsabilités. La mort de son père est un prétexte pour mépriser sa mère, qu’il tient responsable du déclin de ce dernier. Oliver est un garçon qui aime faire la fête mais qui est d’une humeur sombre depuis la mort de sa fiancée lors du naufrage de son bateau. Il prend la petite sirène sous son aile et la considère plutôt comme une petite sœur que comme une potentielle compagne. Il l’apprécie, mais il lui est difficile de s’attacher particulièrement à elle, puisqu’elle ne peut pas parler. Et oui, chez les sirènes les femmes sont incitées à se taire, mais Oliver aime les femmes avec une personnalité marquée. Il est souvent accompagné de ses deux meilleurs amis : un garçons arrogant qui se croit permis d’abuser des femmes dès qu’il en a envie, et un autre jeune homme, attentionné et bienveillant, sur qui Gaïa aurait peut-être mieux fait de jeter son dévolu.
Ceto, la « sorcière ». Le personnage le plus intéressant du roman selon moi (avec la mère de Gaïa sans doute). Présentée par le roi des mers comme une sorcière malveillante, c’est en fait [SPOILER] sa grande sœur, une sirène puissante évincée car elle lui faisait de l’ombre [FIN DU SPOILER]. Contrairement aux autres sirènes, elle à un rapport sain à son corps et à ses désirs (je sais que je suis grosse, et alors, j’aime mon corps, et les hommes-sirènes aussi! #bodypositive) Elle a préféré vivre à la marge du royaume des mers pour ne pas subir la jalousie de son frère et les diktats patriarcaux de la société des sirènes. J’aurais aimé que l’autrice développe encore plus ce personnage.
– La grand-mère de la petite sirène représente une génération de femmes qui se sont souvent résignées à accepter leur sort et à souffrir en silence. Elle aime ses petites-filles mais n’aura pas le courage de les défendre coûte que coûte.

Il y a encore d’autres personnages secondaires que je n’ai pas évoqués, mais parlons maintenant de la ressemblance entre The surface breaks et le conte d’Andersen. J’ai relu La petite sirène immédiatement après avoir fini The surface breaks, pour pouvoir noter les similitudes.

Comme dans le conte d’origine :
– les sirènes doivent attendre leur quinzième anniversaire pour avoir le droit de remonter à la surface observer le monde des hommes ;
– la petite sirène est la plus belle d’une fratrie de six soeurs orphelines de mère ;
– la grand-mère porte 12 perles/huîtres sur sa queue pour montrer son haut rang (ça aura son importance dans les révélations finales sur Ceto) ;
– la petite sirène cultive un jardin avec des objets tombés des bateaux ;
– elle sauve un beau jeune homme d’un naufrage le jour où elle découvre la surface ;
– elle effectue le même chemin à travers des fonds marins effrayants pour aller chez la sorcière afin de transformer sa queue en jambes pour accéder au monde des hommes. Le marché est identique : SPOILER] elle aura des jambes, mais chaque pas se fera au prix d’une terrible douleur et elle devra donner sa voix à Ceto [FIN DU SPOILER].
– sa relation au prince est relativement similaire (bien que plus développé dans le texte de Louise O’Neill, qui est d’ailleurs bien plus long) ;
– ses sœurs feront le même sacrifice pour tenter de la sauver, et elle choisira de ne pas les écouter.

On a donc une réécriture fidèle sur bien des points au texte d’Andersen. Mais il y a évidemment de nombreuses différences :
– Le royaume des mers est une société patriarcale et misogyne, où la place de la femme est peu enviable. Elle est décrite ainsi par Ceto : « Maids have been told that being slim is as important as being beautiful, as necessary as being obedient, as desirable as remaining quiet… » p 120 On a appris aux sirènes (femmes) qu’être mince était aussi important que d’être belle, aussi nécessaire que d’être obéissantes, aussi souhaitable que de rester silencieuse…
– Sur terre aussi les hommes dominent : le prince ne respecte pas sa mère qui, malgré son caractère rude, a le mérite et le courage de travailler dur pour sa famille et de refuser d’être reléguée au second plan.
– Dans le conte d’Andersen, il n’existe qu’une catégorie de sirènes. Ici, Louise O’Neill les fait cohabiter (de manière plus ou moins pacifique) avec les Rusalkas, créatures marines nées sur terres au contraire des sirènes. Les rusalkas sont des femmes qui sont mortes à cause d’hommes et se sont transformées en créatures laides et vengeresses cherchant à noyer les marins. Ce sont les protégées de Ceto.
– De même, toute une partie de la population sirène est rejetée et doit vivre à l’écart du palais car la différence n’a pas sa place dans cette société. Gare aux sirènes qui se détourneraient de leurs maris, à celles qui oseraient ne pas s’entretenir physiquement, à celles qui seraient attirées par des sirènes du même sexe !
– Contrairement au conte d’origine, la mère de la petite sirène a un prénom et une histoire (taboue et arrangée pour servir les intérêts du roi de la mer). Le destin de Gaïa présente des similitudes avec celui de sa mère et, si Oliver est également orphelin de père, il se pourrait que tout soit lié.

3a6498a3498f4ab9dde6bc2da5c2c100.jpg
Harry Clarke, illustration pour La petite sirène, 1914

En bref : ce n’est apparemment pas le meilleur livre de Louise O’Neill, mais ça a quand même été une lecture plaisante. Oui, la petite sirène est parfois exaspérante, mais sa détermination à ne pas accepter le destin tracé par son père est touchante. J’ai trouvé que cette réécriture proposait un bel équilibre entre reprise des éléments du conte et ajouts/libertés narratives.

Attention quand même, c’est classé en Young adult, mais il y a plusieurs scènes d’agressions sexuelles plus ou moins explicites.

Je vous conseille la lecture de la critique de Redbluemoon, qui développe les thèmes abordés par ce livre.

 

 

Publicités

2 réflexions sur “The surface breaks

  1. Je suis tout à fait d’accord pour Ceto !! Ce personnage est le plus intéressant, et aurait dû être développé davantage !
    Qu’as-tu pensé de la fin ?
    Merci de m’avoir mentionnée ! 😀

    J'aime

    1. J’ai bien aimé. Si elle avait accepté de tuer Oliver pour redevenir comme avant, elle l’aurait sacrifié de manière injuste. Il a ses défauts, mais elle ne peut pas lui reprocher de ne pas être tombé amoureux d’elle. Et ça aurait voulu dire retourner dans un monde qui ne lui correspond pas. Son choix est courageux, et elle a appris que les femmes peuvent décider pour elles-mêmes et lutter contre les injustices subies à cause des hommes.
      De rien =)

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s